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Voyageurs, prenez garde : le Canada est fermé à la concurrence

En tant que président et chef de la direction de la deuxième plus grande compagnie aérienne du Canada et d’un transporteur mondial émergent, je suis profondément déçu de l’approbation par le gouvernement du Canada, le 11 février dernier, de l’acquisition de Transat par Air Canada sans mesures correctives concrètes. Les vrais perdants dans tout cela sont les Canadiens qui croient en une concurrence ouverte et saine. Selon le Bureau de la concurrence, ce qu’ils obtiendront plutôt, ce sont des prix plus élevés et des services réduits.

Le Bureau de la concurrence est responsable de protéger et de favoriser la saine concurrence au Canada. Dans le cas du projet d’acquisition, le Bureau a examiné des centaines de milliers de documents et entendu des dizaines d’intervenants, dont quatre experts indépendants, avant de conclure que « l’élimination de la rivalité entre ces compagnies aériennes entraînerait une augmentation des prix, un choix plus restreint, une diminution du service et une réduction importante des voyages des Canadiens sur diverses liaisons où leurs réseaux existants se chevauchent ».
Le commissaire de la concurrence Matthew Boswell a affirmé, et ce pas plus tard que le 3 décembre 2020, que « l’application des règles de concurrence est plus importante que jamais ». Il a en outre souligné que « le relâchement de nos normes en période de crise pourrait entraîner une concentration irréversible du marché, ce qui causerait un préjudice plus profond et à plus long terme aux consommateurs et à l’économie ».

Dans une lettre datée du 9 décembre 2020, le commissaire a fourni au ministre des Transports son évaluation du caractère insuffisant des mesures proposées par les parties pour résoudre les problèmes de concurrence. Selon le commissaire, les mesures proposées étaient inadéquates, n’étaient pas conformes aux principes d’élaboration de mesures correctives en matière de fusion et étaient peu susceptibles de favoriser l’entrée effective de nouveaux concurrents. Sur la base de son expérience et de son expertise, le commissaire est d’avis que les engagements proposés par les parties présentaient des lacunes importantes, de sorte qu’ils ne permettaient pas de résoudre les problèmes de concurrence que risque d’entraîner la fusion d’Air Canada et de Transat.

Pour un prix relativement bas de 190 millions de dollars (soit le coût d’un seul avion gros-porteur comme le 787 Dreamliner de WestJet), des années d’efforts pour encourager une véritable concurrence ont été réduites à néant. C’est un peu comme si les géants des télécommunications Bell et Rogers ne faisaient plus qu’un, sans pour autant faire de concessions significatives.

Comme suite à cette décision, Air Canada détiendra :

  • une part combinée de 94 % de la capacité des transporteurs canadiens vers l’Europe;
  • une part de marché de près de 70 % sur les liaisons entre Toronto et Londres, Paris et Rome;
  • une part de plus de 90 % des principales liaisons du voyage d’agrément comme Toronto à Athènes ou Glasgow, en plus d’être la seule compagnie aérienne canadienne à offrir des liaisons entre Montréal et Barcelone ou Venise;
  • en hiver, vers les destinations soleil, la moitié de la part de marché de Toronto à Cancun et 56 % de la part de marché de Toronto à Punta Cana;
  • dans l’ensemble, pour les destinations soleil au départ de Toronto, 54 % des parts de marché, tandis que WestJet en détiendra 19 %.

Pour être parfaitement transparents, voici ce que nous avons demandé au gouvernement :

  • Il doit être interdit à Air Canada d’utiliser son programme de fidélisation Aéroplan sur les liaisons d’Air Transat ou de recourir à des accords d’exclusivité ou à des mesures incitatives similaires avec des agences de voyages, car ces tactiques limiteront la capacité des consommateurs à exercer un choix concurrentiel. Les programmes de fidélisation emprisonnent les clients en engendrant des coûts importants pour changer de transporteur et augmentent de façon similaire et drastique le coût d’acquisition de ces passagers pour les compagnies aériennes concurrentes.
  • Des créneaux et des infrastructures stratégiques doivent être mis à la disposition des compagnies aériennes canadiennes aux aéroports Heathrow de Londres (LHR) et Schipol d’Amsterdam (AMS) pour aider à compenser la domination du marché des voyages internationaux par l’entreprise fusionnée Air Canada/Air Transat.
  • L’entreprise fusionnée doit se voir interdire d’opérer à l’aérogare 3 de l’aéroport international Pearson de Toronto (YYZ). L’aérogare 1 dispose d’une superficie de 3,7 millions de pieds carrés et n’est utilisée que par 14 compagnies aériennes, tandis que l’aérogare 3, construite il y a 30 ans, regroupe 28 compagnies aériennes sur 1,9 million de pieds carrés.

La situation financière précaire d’Air Transat a été évoquée pour justifier l’approbation du gouvernement. Il est assez facile de voir comment Transat a été positionnée comme une entreprise en difficulté qui avait besoin d’être sauvée dans la mesure où l’une des parties impliquées dans la transaction empêche Transat d’accéder à du financement dans le cadre de la négociation et où, d’autre part, le gouvernement suspend tout moyen de générer de la demande. Le gouvernement du Canada s’est engagé le 8 novembre 2020 à aider toutes les compagnies aériennes et il a mis en place le crédit d’urgence pour les grands employeurs (CUGE) dans tout le Canada. Nous demanderons au gouvernement de confirmer s’il a offert un soutien de liquidité à Air Transat et si ce soutien lui a été refusé.

WestJet fêtera ses 25 ans de vol à la fin du mois. Avant notre arrivée, seuls 18 % des Canadiens voyageaient par avion. Aujourd’hui, 50 % des Canadiens voyagent par avion et durant la même période, les tarifs aériens moyens ont diminué de 45 %. C’est là le résultat d’une saine concurrence.

Nous sommes fiers de notre contribution à la baisse des tarifs et à l’augmentation du choix, notamment par l’investissement de milliards de dollars pour créer un solide transporteur national à service complet et pour offrir plus d’options vers les destinations mondiales grâce à nos 787 Dreamliner. Nous sommes également fiers des engagements que nous avons pris envers nos invités au cours de la dernière année grâce à notre politique flexible de remboursement des billets, à nos protocoles de santé et de sécurité transparents et rigoureux et à notre volonté de maintenir les artères essentielles ouvertes dans tout le pays.